1968 - 2018 : L’anniversaire d’un bouleversement national

Publié le 4 février 2018 Mis à jour le 5 février 2018

« Nous sommes des nains juchés sur des épaules de géants » affirmait Bernard de Chartres*. Que devons-nous comprendre ? Certainement qu’il est inutile de s’estimer meilleurs, plus grands que nos prédécesseurs. Nous ne pouvons juger de leurs actes qu’au travers du prisme de notre présent, et si nous nous pensons plus avancés qu’ils ne l’étaient, il est bon de se rappeler que si nous en sommes là, c'est grâce à notre passé et à leur histoire. Interrogeons-nous donc plutôt sur ce que nous pouvons faire de ce patrimoine.


Affiche de mai 1968 dans le style popularisé par les étudiants des Beaux-Arts
(source Pinterest/Gallica.fr-Bibliothèque nationale de France)

C’est justement dans cette optique que neuf grandes institutions culturelles se sont réunies cette année. Dans ce contexte particulier qu’est le cinquantenaire de Mai 68, l’université Paris Nanterre, Nanterre Amandiers, le palais de Tokyo, la Cité de l’architecture & du patrimoine, les Beaux-Arts de Paris, le centre Pompidou, les Archives nationales, la Bibliothèque nationale de France et la Cinémathèque française ont pris la décision de s’unir, afin de célébrer cet événement, lui-même synonyme de solidarité. Lors de la conférence de presse du jeudi 18 janvier 2018 au centre Pompidou, ces institutions ont présenté l’objectif de cette année et leur démarche. Ici, pas question d’un simple hommage : les événements qui auront lieu durant toute l’année 2018 ne doivent pas être pris comme une simple commémoration. Il nous faut aller au-delà. Pas de pathos, mais une volonté d’aborder ces événements du passé d’un point de vue critique.

De ce fait, les interventions de chacune des institutions s’attacheront, non pas à louer les événements de Mai 68, mais plutôt à les transposer à notre époque, afin que chacun prenne conscience des implications engendrées par ce soulèvement, le but étant que nous puissions également nous interroger sur l’évolution que la société a subie à la suite de ce mouvement.

Le travail collectif de ces représentants culturels permettra ainsi de mêler toutes les réflexions que la révolution de 1968 a déclenchées, qu'elles soient culturelles, politiques, scientifiques ou pédagogiques. En utilisant les éléments de ce passé, nous pouvons créer l’avenir. C’est à la fois le sens de la formule de Bernard de Chartres, mais également celle des événements d’aujourd’hui.

Le soulèvement de Mai 68 est aujourd’hui intégré dans l’histoire française comme un mythe, engendrant par ce statut des utopies. Et c’est en éloignant tout esprit nostalgique, tout esprit de célébration, que nous pourrons réellement revenir de manière la plus objective possible sur ce qui a mené l’imagination populaire à faire des événements de 1968 un symbole.

Mai 68, ce n’est pas qu’une protestation ouvrière ou estudiantine, c’est une révolution culturelle. Visant à ouvrir les yeux du gouvernement, les images et les slogans de cette époque sont restés en mémoire, et sont devenus des symboles. Comment ne pas voir Mai 68 dans un poing levé, ou ne pas l’entendre dans un « Il est interdit d’interdire » ?

Encore une fois, il ne faut pas nous arrêter à de simples manifestations dans les rues. C’est tout un système qui s’est stoppé à cette époque, qui a débouché sur des changements dans le cinéma, le théâtre et notamment dans le monde de l’architecture, où les bases mêmes ont été retravaillées. Et c’est à partir de ces éléments que nous pouvons voir l’importance d’un retour critique sur ces événements. Grâce à des documents historiques, aux témoignages de personnes présentes au moment des affrontements (qu'elles fassent partie des contestataires ou des forces de l'ordre), à la remise en condition historique des images clés de cette période, nous avons la chance de pouvoir analyser les événements et de constater ainsi notre évolution depuis 50 ans en créant une mémoire collective des événements.

Nous pourrions dire tellement plus de cette démarche, mais le mieux est encore d’assister aux différents événements qui auront lieu cette année. Concluons simplement en rappelant que l'objectif de ces manifestations est d'interroger notre présent par le biais de notre passé. Bouleversement national il y a 50 ans, que reste-t-il vraiment de cet esprit qui anima la France en 1968 ? Quel enseignement avons-nous tiré de ce moment ? Et enfin, quelles différences fondamentales pouvons nous faire entre la France, telle qu'elle existait en 1968, et telle qu'elle est en 2018 ?


Si tu veux en savoir plus sur le 50e anniversaire de Mai 68 et sur les actions proposées par les institutions culturelles partenaires, tu peux aller sur leur site internet dédié à cette année riche en événements !



* Bernard de Chartres est un philosophe platonicien français du XIIe siècle. Il est connu notamment pour la phrase « Nous sommes comme des nains juchés sur des épaules de géants (les Anciens), de telle sorte que nous puissions voir plus de choses et de plus éloignées que n’en voyaient ces derniers. Et cela, non point parce que notre vue serait puissante ou notre taille avantageuse, mais parce que nous sommes portés et exhaussés par la haute stature des géants. ». Cette phrase fut reprise en 1676 par Isaac Newton dans une de ses lettres. Elle inspire le titre de l'émission de vulgarisation scientifique du médecin-universitaire Jean-Claude Ameisen sur France Inter (le samedi à 11 h) : « Sur les épaules de Darwin ».

Mis à jour le 05 février 2018