Le MoMA, un géant américain dans Paris

Publié le 26 novembre 2017 Mis à jour le 26 novembre 2017

Le Museum of Modern Art (MoMA) étant actuellement en travaux, son directeur, Glenn D. Lowry, décide d’exposer à Paris quelques 200 œuvres des plus grands noms de l’art moderne, pour former une exposition exceptionnelle à la fondation Louis Vuitton.

Le MoMA, véritable panthéon de l’art moderne et contemporain, est la première destination culturelle que nous empruntons une fois arrivés à New York. Cette exposition, installée temporairement dans la capitale, retrace, à travers des œuvres, pour la plupart iconiques, l’histoire du MoMA en tant que collectionneur depuis sa date d’inauguration en 1929.

 

Fondation Louis Vuitton

Composée de onze galeries, l’exposition temporaire parisienne nous montre notamment l’évolution de l’art moderne, du début du travail de collection du MoMA, à nos jours. À chaque thème, son étage. Les galeries qui les composent sont spacieuses et épurées, contenant différentes œuvres les meublant. On les trouve aux murs et, parfois, en plein milieu de la pièce.

Prenons pour exemple la septième galerie. Celle-ci concerne les prises de position des artistes après la guerre du Vietnam, mais aussi après l’émergence des différentes questions sociales de 1975 à la fin du siècle. Les œuvres les plus poignantes du MoMA ont fait le voyage jusqu’en France afin de nous témoigner le contexte dans lequel vivaient les Américains. Nous nous retrouvons ainsi en totale immersion, entourés d’œuvres défendant par exemple l’homosexualité avec le très fameux drapeau LGBT, ou encore dénonçant la violence et le racisme persistant dans la deuxième partie du XXe siècle.

Plongés dans les différentes époques présentées, c’est dans une ambiance très vivante que nous nous voyons confrontés à une réelle leçon d’histoire.
Des premières œuvres d’après-guerre au féminisme contemporain, nous avons l’opportunité de connaître, au fur et à mesure de la visite, l’évolution de l’art moderne à partir du début du siècle dernier. L’exposition s’ouvre sur des œuvres emblématiques comme House by the Railroad d’Edward Hopper ou Oiseau dans l’espace de Constantin Brancusi représentant les années 30, soit les débuts du modernisme et les premières années du MoMA. S’invitent ensuite le Pop Art et l’art minimal des années 1950-1960, avec les fameuses Campbell’s Soup Cans d'Andy Warhol ou encore le tableau Drowning girl de Roy Lichtenstein. La troisième section, qui illustre les remises en question politiques et sociétales aux États-Unis, s’articule par exemple autour d’œuvres comme le Rainbow Flag ou drapeau gay. Dans la dernière section, à l’étage supérieur de la fondation, l’exposition converge vers les tendances les plus contemporaines du XXIe siècle. L’ère du numérique y est par exemple illustrée avec l’œuvre de Shigetaka Kurita, soit les 176 premiers emojis à voir le jour.

Cette exposition temporaire regorge d’une grande richesse. En plus d'offrir l’opportunité de découvrir l’histoire du MoMA en tant que collectionneur et d’en savoir plus sur l’histoire de l’art moderne, l’exposition comporte des œuvres sortant quelque peu de cette ligne directrice de l’exposition. Des œuvres et expériences uniques, parfois peu connues, sont ici mises en avant à l’image de l’œuvre de Janet Cardiff, The Forty Part Motet.

C’est dans la toute dernière galerie de l’exposition que nous avons l’occasion de vivre une surprenante expérience sensorielle, plus particulièrement auditive, avec l’œuvre de Janet Cardiff. Dans cette grande galerie vide à haut plafond, sont entreposés quarante haut-parleurs séparés en huit sections.

Quarante haut-parleurs pour quarante voix différentes : c’est là la caractéristique originale qui singularise cette œuvre. Les chanteurs, dont les voix ont été enregistrées séparément, font partie du chœur de Salisbury. Chantant dans sa totalité un motet du XVIe siècle, ce chœur nous offre une expérience auditive unique, autant par le fait d’isoler chaque voix du chœur que par la disposition stratégique des haut-parleurs dans la salle.

Dans un silence religieux, nous nous retrouvons soudainement immergés par la musique. La beauté de cette œuvre n’est pas seulement provoquée par la musique chantée, aussi magnifique soit-elle, mais par le sentiment de ne faire qu’un avec celle-ci, de par notamment l’emplacement des haut-parleurs aux limites de la pièce. Nous sommes cernés par ce chant. Partagée avec une poignée de personnes, cette expérience est bien plus impressionnante que si nous écoutions de la musique dans un casque audio. Pendant onze minutes, l’atmosphère de la pièce est indissociable de la plénitude et de la puissance que dégage ce morceau. Un sentiment d’harmonie et de légèreté nous submerge, comme si nous ne faisions qu’un avec la salle et son contenu.

Parmi les personnes prenant part à cette expérience, beaucoup restent statiques et ferment les yeux, pendant que d’autres préfèrent marcher à côté des haut-parleurs, attentifs à chaque voix. L’originalité de l’œuvre de Janet Cardiff repose aussi sur la décomposition du chant, qui vise à découvrir les quarante voix du chœur.

En faisant attention à chacune d’elles, nous avons comme l’impression de découvrir différentes personnalités, qui se traduisent à travers cette œuvre par la différence de ton et de timbre de voix. La spécificité de la voix écoutée nous permet de visualiser la personne qui chante, aussi bien physiquement que psychologiquement.

C’est dans une atmosphère quasi new-yorkaise que l’exposition parisienne du MoMA nous plonge dans l’histoire, dans son histoire. Variant entre des œuvres emblématiques de l’art moderne et des artistes moins connus du public, le MoMA réalise à la fondation Louis Vuitton une exposition séduisante, tant pour les férus d’art moderne que pour les néophytes. L’exposition prendra fin le 5 mars 2018, dans 4 mois : l’occasion pour vous de ne pas la manquer avant son périple retour pour New York.

Rédigé par Julien COLLOMBEL
24/11/2017

Mis à jour le 26 novembre 2017