Prix littéraires 2017 : où est passée la fiction ?

Publié le 18 novembre 2017 Mis à jour le 18 novembre 2017

L'imaginaire se fait rare dans les grands prix littéraires. Les jurys des prix du podium, Goncourt, Renaudot, et Femina, ont récompensé cette année des « romanciers-historiens » ou « romanciers-enquêteurs », qui livrent de manière peu, voire pas du tout fictionnelle, des faits bien ancrés dans le réel.

Goncourt et Renaudot : l'histoire du nazisme s'impose

Les deux prix les plus prestigieux sont revenus à des œuvres traitant du régime totalitaire allemand. L'Ordre du jour d'Eric Vuillard (éditions Actes Sud) remporte le prix Goncourt, en faisant le récit court (160 pages) de plusieurs scènes historiques de la montée du nazisme, comme celle de la réunion d'Hitler avec les industriels susceptibles de financer son régime, puis celle de l'annexion de l'Autriche, l'Anschluss, en 1938. Le prix Renaudot a, quant à lui, été décerné à Olivier Guez pour son roman La Disparition de Josef Mengele (éditions Grasset), une enquête qui s'accompagne d'une légère pointe de fiction, sur le médecin tortionnaire nazi errant de villes en villes, de pays en pays en Amérique du Sud, pour échapper à son jugement à la chute du régime.

Femina : une affaire judiciaire remise au goût du jour

Ce prix, attribué par un jury exclusivement féminin, a été décerné pour la troisième année consécutive à un homme, Philippe Jaenada, pour son « roman-Cluedo » La Serpe (éditions Julliard). Après s'être attaqué à l'affaire Pauline Dubuisson dans son roman La petite femme, le romancier rouvre le dossier d'un autre fait divers, celui d'un triple meurtre familial à la serpe, dans un château du Périgord en 1941, dont le principal suspect, Henri Girard, fut acquitté par la suite. L'auteur se transforme une nouvelle fois en enquêteur critique, à la poursuite de la vérité d'une affaire non résolue.

Médicis : une fiction dans le réel

Yannick Haenel, lauréat du prix Médicis avec son roman Tiens ferme ta couronne (éditions Gallimard), se différencie des prix précédents. Il propose une autofiction siphonnée, drôle mais aussi pleine de sens dans une société qui le perd. Le narrateur, un scénariste qui se voit refuser son long manuscrit sur Herman Melville par tous les producteurs, part dans des aventures burlesques, croisant sur sa route l'actrice Isabelle Huppert, Sabbat le dalmatien, le sosie d'Emmanuel Macron, et d'autres personnages tout aussi improbables. Une histoire certes fictionnelle, mais porteuse de réflexions sur une société bien réelle : la nôtre.

Rédigé par Aurore Garot
le 14/11/2017

Mis à jour le 18 novembre 2017