Quand les artistes s’emparent de l’espace public(itaire)

Publié le 5 février 2018 Mis à jour le 13 février 2018

« Et si on remplaçait la publicité par l’art ? » C’est l’idée innovante d’une start-up bordelaise qui propose de « remplacer le consumérisme par l’inspiration, les désirs superflus par la créativité » en s’appuyant sur le mécénat participatif.

Métro, abribus, vitrines des magasins, panneaux fixes ou déroulants, la publicité est partout ! Elle pousse irrésistiblement le passant à la consommation, créant une frustration telle que celui-ci n’aura d’autre alternative que de se conformer à l’image donnée pour se sentir bien dans la société. Endoctrinante, envahissante, elle est devenue une véritable nuisance visuelle. Le street art, souvent provocant et parfois dénonciateur, occupe également l’espace public mais, gagnant peu à peu une reconnaissance populaire, il est désormais reconnu comme un véritable courant artistique. 
Déjà, en juin 2016, à Montpellier, le remplacement des affiches d’une station de tram par des œuvres d’art avait été financé par une campagne de crowdfunding (financement participatif). À Saint-Étienne, une exposition à ciel ouvert « Santé publique », organisée fin novembre 2017 par le street artist Jordan Seiler, a évincé, au profit de créations artistiques, les habituelles publicités de voitures, de boissons ou de téléphonie.

 

Le parallèle entre la publicité et le street art est intéressant : les deux sont éphémères, apportent de la couleur dans la rue et cherchent à susciter l’attention du passant. Si les deux coexistent, ils entretiennent une relation particulière.

Alors que la publicité ne manque pas de surfer sur la tendance street art en collaborant avec certain·e·s street artists, d’autres mènent une offensive contre l’omniprésence dérangeante de la publicité. Les méthodes de détournement sont diverses : pastiche de logo en reprenant forme et typographie et en modifiant le contenu (Ludo), utilisation d’acide pour obtenir une déformation choquante de l’image (Vermibus), tache de peinture rouge évoquant une coulure de sang (Zevs)… Véritable sabotage pour les publicitaires, ces détournements offrent une alternative humoristique ou poétique et une respiration visuelle pour les passants. En 2012, un collectif antisystème répondant au nom de « brandalism » (contraction des termes anglais brand, qui signifie marque, et vandalism) voit le jour. Il s’est particulièrement illustré lors des Jeux olympiques de Londres ou à l’occasion de la COP 21 en remplaçant des affiches publicitaires par ses propres créations.

Comment ne pas se féliciter de telles initiatives artistiques ? Mais que dire de la mise en avant paradoxale de l’art comme alternative à la publicité par une start-up enregistrée officiellement en tant que « société spécialisée dans le secteur des activités des agences de publicité » ? La publicité n’a pas dit son dernier mot ! D’autant plus qu’un décret, publié au Journal officiel du 24 décembre 2017, autorise désormais à titre d’expérimentation les marquages sur les trottoirs à des fins publicitaires… Les street artists ont encore du pain sur la planche !


Mis à jour le 13 février 2018