"Salope et autres noms d'oiselles" : les insultes sexistes s'exposent à Paris

Publié le 29 octobre 2017 Mis à jour le 29 octobre 2017

« Pute », « grognasse », « grosse vache », « sale chienne », quand il s'agit de parler des femmes, le sexisme se montre toujours très inventif. Jusqu'au 18 octobre, la Fondation Maison des sciences de l'homme propose une rétrospective analytique sur une insulte reçue trop souvent par les femmes depuis plusieurs siècles : « Salope ».

Un parcours multidisciplinaire

Au travers du prisme d'un parcours à la fois scientifique, artistique et éducatif, Laurence Rosier, professeure en linguistique à Bruxelles et chef du projet, propose une réflexion sur les formes et mécanismes des injures adressées à la gente féminine. Entre textes, vidéos et œuvres d'artistes contemporains (Tamina Beausoleil, François Harray, Lara Herbinia, Cécilia Jauniau, Sara Judices de Menedez, Eric Poujeau et Martine Séguy.), l'exposition permet de s'interroger sur le sexisme de notre société.

Mais qui sont ces salopes ?

Femmes écrivaines, politiques, médiatiques, militantes ou citoyennes lambda, rares sont les femmes épargnées par ce langage qui leur colle à la peau. L'exposition s'arrête sur six « grandes insultées » : Marie-Antoinette, George Sand, Simone Veil, Margaret Thatcher, Christiane Taubira et Nabilla Benattia. Elles ont toutes porté des noms d'oiselles pour des raisons différentes. « Salope », parce que reine de France autrichienne ? « Chienne », parce que féministe défendant le droit à l'avortement ? « Sorcière », parce que première-ministre ultra-libérale ? Difficile de définir les critères justifiant l'utilisation de ces mots, tant ils sont nombreux et variés. Les féministes se sont donc servies de cette ambiguïté dès 1971, pour se réapproprier ces paroles et les vider de leur contenus insultants, afin d'en faire une arme contre la société patriarcale.
Le 12 avril de cette année-là, Charlie Hebdo montre son soutien au projet Veil concernant la dépénalisation et la légalisation de l'IVG. En couverture du journal, une caricature d'homme politique s'écriant « Qui a engrossé les 343 salopes du manifeste sur l'avortement ? », en référence à la pétition signée par 343 françaises une semaine avant, dans laquelle elles avouent avoir avorté en toute illégalité. L'insulte n'est plus un outil contre mais pour les femmes. Ainsi, le document est rebaptisé « le manifeste des 343 salopes » et des slutwalks (« marches des salopes ») sont organisés pour lutter contre les violences sexuelles.

Le mur de la honte : « vous souvenez-vous d'une insulte qui vous aurez particulièrement blessé.e ? »

Ces insultes paradoxales montrent cependant de quelles manières les femmes sont représentées dans l'histoire des pratiques sociales et culturelles. Qu'importe qu'elles soient belles ou laides, réfléchies ou candides, en short ou en jogging, les femmes n'échappent pas au harcèlement et à la violence verbale. En 2015, le Haut Conseil à l'égalité entre les femmes et les hommes révèlent que 100% des femmes avaient été harcelées au moins une fois dans les transports en commun.
Afin de rendre compte de cette réalité, les visiteurs sont invités à écrire sur un post-it, une ou des insultes sexistes qui les auraient marqué, et de l'accrocher sur un mur de la honte. « Sale pute », « c'est pour moi ce petit short ? », «planche à pain », « je te baise salope », les remarques et parjures sont nombreux.

« Le bal des salopes » : rétrospective cinématographique

De « La femme du boulanger » de Marcel Pagnol (1938) à « Gone Girl » de David Fincher (2014), la FMSH montre comment sont représentées les fameuses salopes au cinéma. Sur un petit écran, des séquences parfois cultes sont diffusées à la suite, montrant « des filles avides d'argent, aux tenues légères », « des bourgeoises ingénues qui rêvent de se faire violenter », mais aussi « des égéries féministes humiliées qui refusent de se faire culbuter et demandent enfin leur dû – faire respecter leurs propres désirs ». Le langage outrageant est montré comme le miroir d'une époque ; Les femmes ne sont donc pas insultées de la même manière par les hommes d'une décennie à une autre. Mais la violence, elle, reste la même.

 

Rédigé par Aurore Garot
Le12/10/2017

Mis à jour le 29 octobre 2017