L'université Paris Nanterre dans l'histoire de Mai 68

Publié le 1 février 2018 Mis à jour le 5 février 2018

Nanterre la révoltée, Nanterre l'insoumise, Nanterre la rebelle : c'est souvent ainsi que l'on décrit l'université Paris Nanterre. À tort ou à raison, ces qualifications découlent de son histoire. Car il est un fait indubitable : l'université Paris Nanterre s'est toujours inscrite, de manière générale, dans les luttes de son temps, et en particulier, dans celle de Mai 68.



Un peu d'histoire

L'université Paris Nanterre a ouvert ses portes en 1964. Elle est implantée sur un ancien camp d'aviation laissé à l'abandon. Le terrain appartient à l’État. Très vite, le site apparaît comme l'endroit idéal pour accueillir une université : Nanterre est proche de Paris et est desservie par le train. Les travaux commencent en 1963. L'histoire voudrait que ce soit le général de Gaulle qui ait choisi le lieu de l'université. En effet, lors d'un vol en hélicoptère, il aurait survolé le site désaffecté et se serait écrié qu'il serait un lieu parfait pour accueillir une université.

Créée pour désengorger la Sorbonne, l'université Paris Nanterre accueille initialement la faculté de lettres et sciences humaines, puis la faculté de droit en 1966. Cependant, elle n'est considérée que comme une faculté annexe de la Sorbonne. Ce n'est qu'en 1970 (après la loi Faure qui crée les universités comme établissements autonomes) que l'université Paris X est constituée officiellement. Elle réunit alors la faculté de lettres et sciences humaines et celle de droit et des sciences économiques. Son premier président est l'historien René Rémond.

Le mouvement du 22 mars
Très peu de temps après son ouverture, le centre universitaire de Nanterre est le théâtre de manifestations étudiantes qui ont directement participé au mouvement appelé a posteriori « Mai 68 ». Le mouvement dit « du 22 mars » est l'événement le plus emblématique de la lutte étudiante à Nanterre : on le considère comme le précurseur du mouvement du mois de mai. Mené notamment par Daniel Cohn-Bendit, surnommé « Dany le rouge », ce soulèvement recoupe revendications de la vie quotidienne (avec, par exemple, la question de la libre circulation dans les chambres étudiantes et celle de la liberté sexuelle), mais aussi l'opposition à la guerre au Vietnam (1955 à 1975).

Le 20 mars 1968, trois cents étudiants saccagent le siège de l'American Express (l'entreprise financière américaine spécialisée dans les moyens de paiement) à l'issue d'une manifestation organisée par le Comité Vietnam national (CVN) visant à lutter, selon ses mots, contre « l'impérialisme américain ». Six personnes sont arrêtées. Le 22 mars, une assemblée générale étudiante (constituée majoritairement de membres de groupes gauchistes ou anarchistes) forme un mouvement de soutien pour la libération des militants interpellés et en garde à vue. Dans la soirée, ce groupuscule, après avoir réussi à mettre la main sur un jeu de clés, occupe le 8e étage du bâtiment B — le bâtiment administratif — et notamment la salle du conseil des professeurs, alors qu'un concert de l'orchestre de Paris est donné dans l'amphithéâtre B2, situé au rez-de-chaussée de ce même bâtiment. Le choix de cette salle n'est pas anodin : en 1968, une seule tour se dresse sur le campus de l'université, celle du bâtiment B. Pour les étudiants politisés, cette tour est le symbole phallique du pouvoir qu'il faut renverser. De plus, le fait que la salle du conseil soit située au dernier étage de cette haute tour symbolise la hiérarchie séparant le corps professoral des étudiants qui s'estiment dominés.

Aujourd'hui, non seulement le bâtiment B n'est plus la seule tour du campus (puisque la bibliothèque universitaire a été érigée entre temps), mais surtout, dans un souci d'égalité entre les professeurs et les étudiants, la salle du conseil a été implantée au rez-de-chaussée de ce bâtiment (bien que la sécurité y ait été renforcée).
Le mouvement appelle à une journée de débats le 29 mars 1968. Mais le doyen de l'université, Pierre Grappin, entend bien mater la rébellion et prend la décision, le 28 mars, de suspendre les cours pendant deux jours. Cependant, cette initiative ne permettra pas d'éviter l'organisation de plusieurs journées de débats entre les étudiants. À la suite de différents incidents et d'une contestation toujours plus farouche (notamment après l'annonce du transfert de Daniel Cohn-Bendit dans une autre université), le recteur, à la demande de Pierre Grappin, décide de fermer le campus de la faculté de Nanterre le 2 mai 1968. Dès lors, les étudiants nanterriens gagnent la Sorbonne où ils convainquent leurs collègues d'occuper leur université. Le 3 mai, la police évacue et occupe la prestigieuse université parisienne. Le mouvement de Mai 68 est lancé.

Quelle suite au mouvement du 22 mars ?
Le mouvement du 22 mars ne s'est jamais posé comme un mouvement syndical et/ou politique. Il est une réaction à l'interpellation et à la mise en garde à vue des militants arrêtés lors du sac du siège de l'American Express. Son but était clair : défendre la démocratie. Il était composé de différents groupes d'étudiants : des anarchistes — que l'on a rebaptisés ensuite les « Enragés de Nanterre » —, des libertaires, des trotskistes, etc. Le mouvement a été conçu comme éphémère, afin de ne pas se muer en un mouvement classique : il fallait une contestation qui s'inscrive dans son temps et qui se batte pour les idéaux défendus à un moment précis ; pour cela, elle ne devait pas s'établir durablement. D'ailleurs, le mouvement s'est autodissout à la fin des événements de mai.


Nanterre et le mouvement du 22 mars ont été l'étincelle qui a allumé la contestation de Mai 68. C'est majoritairement ce mouvement qui a contribué à donner à Nanterre sa réputation d'université contestataire. Cependant, si l'université s'inscrit toujours dans les luttes de son temps, rien n'est comparable à ce soulèvement qui est né à Nanterre, un 22 mars 1968. En Mai 68, un des slogans en vogue était : « la Sorbonne est à nous » ; mais la vérité, celle qui sera valable en tout temps et pour n'importe quelle contestation, c'est celle-ci : « Nanterre est à vous » !

Mis à jour le 05 février 2018