Comment citer les références

Publié le 31 janvier 2018 Mis à jour le 31 janvier 2018

Il était d'usage, pour un·e domestique se présentant pour une nouvelle place, qu'on lui demandât « ses références ». La domesticité, sauf dans des milieux fortunés, appartient à d'autres temps, mais les références restent exigées des étudiants. Quand il s'agit de références bibliographiques, la complication est apparente… mais les apparences sont faites pour être éclaircies !

À l'époque où, dans le grand monde comme la bourgeoisie, à Paris comme à Triffouillis-les-Oies, on avait des gens de maison, on exigeait des références, et même de bonnes références. On entendait par là la liste des maisons (bonnes elles aussi) dans lesquelles la candidate ou le candidat à un emploi relevant de la domesticité avait servi, ainsi qu'un certificat ou une lettre de recommandation dont l'absence (ah ! l'arbitraire patronal, déjà !) nuisait assurément à la candidature.

Nous n'en sommes plus là. Si la domesticité se fait rare (le salaire minimum et le développement de l'électroménager sont passés par là), les références sont toujours exigées des étudiants. Oh ! pas seulement celles qu'ils vont fournir dans les entretiens d'embauche après l'obtention de leur diplôme ! Celles qu'ils vont fournir dans les mémoires, rapports de stage et autres copies d'examen qui leur permettront de l'obtenir.

Les règles paraissent obscures. Dans les articles scientifiques, surtout en glissant d'une discipline à une autre, on voit des choses diverses : du long égrenage qui mène du titre à l'auteur, à l'éditeur et à l'édition (mais parfois, d'abord, de l'auteur au titre) à des formulations aussi ramassées qu'absconses a priori comme « [Dugenou 988:23-24] ».

Dans les documents longs (mémoires, rapports de stage), les enseignants donnent généralement des indications de présentation bibliographique. C'est là que, dans le corps du document, on peut vous demander de donner la référence d'une citation (ou d'un propos) d'auteur sous la forme [Dugenou 1988:23-24]. Mais cela implique que, dans votre bibliographie en fin de document, à l'auteur Dugenou, corresponde bien une référence correspondant à 1988 — et s'il y en a deux du même auteur la même année, vous distinguerez 1988a et 1988b pour qu'on s'y retrouve.

Donc, vous ne coupez pas, au moins dans votre bibliographie de fin de document, à la référence complète. Quelle que soit la présentation proposée, on vous demandera, surtout à l'Université, de ne pas confondre les ouvrages et les articles ou chapitres. Je vous vois chercher avec fébrilité ibuprofène ou paracétamol. Attendez un peu (surtout, les messieurs : j'ai lu récemment que l'ibuprofène en excès n'était pas forcément bon pour vous).

Le livre, ici, est le livre qui forme un tout, avec un auteur, parfois deux ou trois, mais sans que chaque chapitre soit identifié (sinon dans la présentation générale dans l'introduction de l'ouvrage). Ce sera donc :

— Grevisse (Maurice), Le Bon Usage, Duculot, 4e éd., Gembloux (Belgique), 1949

ou

— Grevisse (Maurice) et Goose (André), Le Bon Usage, 15e éd., De Boeck, Bruxelles, 2011

ou encore :

— Bloch (Marc), L'Étrange Défaite, Gallimard, collection « Folio histoire », 1990.

Vous noterez qu'ici on n'a que l'année de republication (référence de l'imprimé, non de l'ouvrage d'origine, écrit en 1940 mais dont le manuscrit n'a été publié qu'après la guerre et la mort de Marc Bloch). Mais le principe d'une bibliographie est de certifier (« certificat » va avec « référence » !) d'où vous tirez votre propos. Certains classiques, a fortiori s'ils ont dépassé la durée prescrite pour la protection du droit d'auteur, peuvent être librement publiés : autant savoir quelle édition de Racine, de Corneille ou même de Durkheim vous utilisez !

Vous aurez noté surtout que le titre est en italique (dans une copie manuscrite, utilisez le soulignement pour marquer l'italique en n'oubliant pas — pour faire court — que le premier nom et les adjectifs placés devant prennent la majuscule).

Mais vous savez aussi que vous pouvez citer des articles de revues scientifiques. Dans ce cas, n'oubliez pas que le « titre » est le nom de la revue. Petite astuce : pensez à la notion de « titre de presse », y compris pour les hebdomadaires ou les revues : Le Monde, Le Figaro, L'Humanité, L'Obs, L'Express, La Revue des deux mondes

L'article n'est donc qu'une entrée secondaire qu'on présentera entre guillemets. Voici comment se présente la référence d'un article classique de la science politique :

Gaxie Daniel, « Économie des partis et rétributions du militantisme ». In : Revue française de science politique, 27ᵉ année, nº 1, 1977, p. 123-154


L'article « Économie des partis et rétributions du militantisme » a été publié dans la Revue française de science politique [le « titre »], le in [dans, en latin] indique la source [on trouve une foultitude de mots latins et de leurs abréviations pour les références : ibid[em], infra, supra et autres op[ere]. cit[ato]]. Le reste donne les indications classiques : quantième d'année de publication [ici la 27e], numéro et année [1977], pages de l'article. Dans une sitographie, vous ajoutez l'URL (adresse internet) et la date à laquelle vous y avez succédé (dans trois mois ou trois ans, la page peut avoir changé ou avoir disparu).

Reste le problème des livres dans lesquels les chapitres sont rédigés par des auteurs différents.

Prenons le cas de la Profession politique. XIXe-XXIe siècle. Il a été publié chez Belin. C'est un ouvrage « sous direction » (la mention « dir. » que vous pouvez rencontrer dans une biblio), ici Michel Offerlé. Dans ce livre, il y a un chapitre particulier (que nous avons lu pour comparer les effets de la disruption de 1958 et de celle de 2017, si vous voyez ce que je veux dire). On le présentera alors ainsi dans la bibliographie (si l'on n'utilise pas d'autres textes de l'ouvrage) :

Gaïti Brigitte, « “Syndicat des anciens” contre “Forces vives” de la Nation. Le renouvellement politique de 1958 » in : Offerlé Michel (dir.), La Profession politique. XIXe-XXIe siècles, Belin, coll. « Alpha », Paris, 1999-2017.

Décryptons : on cite d'abord le chapitre comme un article, puis le livre comme on le ferait du titre d'une revue. Quand l'éditeur a une collection, elle est aussi entre guillemets. Il y a deux dates, car l'édition de 2017, si elle ne modifie pas le contenu originel, contient une postface « d'actualisation ». Vous aurez noté l'emploi d'apostrophes comme guillemets secondaires (le titre de l'article était guillemété et l'on fait avec les claviers qu'on a).

En tout cas, la distinction entre œuvre principale (livre d'un auteur ou écrit à quatre mains, parfois six) et écrit « secondaire » (article dans une revue, chapitre nommément attribué d'un ouvrage collectif « dirigé par… ») est considérée, dès lors que vous avez franchi le seuil de la L1, comme un impératif à maîtriser…

Dans une copie, c'est plus simple (sauf si vous avez une mémoire d'éléphant), mais vous aurez désormais compris qu'écrire :

« Vivre de ou pour la politique » selon la formule de Weber (Le Savant et le Politique)

vaudra mieux qu’en écrivant dans la parenthèse :

« Le Savant et le Politique ».

C'est comme l'orthographe ou la syntaxe : il y a des canons à respecter. N'hésitez donc pas à suivre les modules de formation bibliographique que la BU vous propose… même si les biblios qu'on vous indique parfois ne sont pas toujours rigoureusement présentées ni cohérentes dans leur présentation. Mais, comme vous le devinez, au XIXe siècle (et même un peu après), ce n'était pas au patron ou à la patronne de fournir de bonnes références !

Vous pouvez maintenant prendre votre ibuprofène ou votre paracétamol (mais c'était pour la bonne cause).

Mis à jour le 31 janvier 2018