Pourquoi les étudiant·e·s doivent maîtriser l'art de la haute coupure

Publié le 22 janvier 2018 Mis à jour le 22 janvier 2018

Les phrases à rallonge sont une plaie. Expliquons d'abord pourquoi. Voyons ensuite comment faire autrement. Surtout, vous vous rendrez service : aujourd'hui en fac ; demain, dans votre activité professionnelle. Vous serez ces alumni de Paris-Nanterre repérés et appréciés en raison de vos lectures du Phare Ouest !

On ne saurait assez se méfier des phrases longues, de leurs enchâssements de subordonnées qui se succèdent comme à l'infini, de leurs compléments qui, disséminés un peu partout, apparaissent comme d'exubérantes exfoliations constituant autant d'obstacles à la bonne compréhension de l'ensemble, masquant l'essentiel de l'information ou de l'argumentation qu'elle noie sous le déluge de l'artillerie des mots dans le champ de Bataille (Henry)*.

Ce premier paragraphe en forme de contre-exemple aurait déplu à Clemenceau. Il affirma à un jeune journaliste : « Une phrase française, ça se compose d'un sujet, d'un verbe et d'un complément direct. Et quand vous aurez besoin d'un complément indirect, venez me trouver. » Le Tigre est ici de bon conseil pour tout étudiant·e ;

Quand la prise de notes est la vôtre, il vaut mieux privilégier l'écriture elliptique, visuelle (points hiérarchisés)**. Faute de pouvoir le faire d'emblée, il vous arrive (comme moi) de prendre le cours « au long » avant d'y revenir ou de le « ficher ». Mais vous avez, en tout état de cause, intérêt à ce que le premier jet soit « facilitant » : c'est un temps précieux qui est ainsi gagné.

Quand vous écrivez pour d'autres (devoir, exposé, examen), pensez à la lectrice ou au lecteur qui n'était pas dans votre cerveau. Dans la correction fastidieuse de dizaines de copies universitaires, la patience peut émousser les volontés les mieux disposées (sans même parler des autres). Il serait dommage alors qu'on se rappelât à votre détriment ces vers de l'Art poétique : « Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement, et les mots pour le dire arrivent aisément. » (Happy hour : le deuxième alexandrin de Boileau est offert par la maison.)

C'est normalement là que vous rétorquez : « C'est bien beau de dire ce que je ne dois pas faire, mais ce serait mieux d'annoncer comment faire. » Nous y voilà.

Dans un « paragraphe », annoncez en une phrase simple à la Clemenceau le fond de votre propos. Le reste viendra après en appui ou justification de la démonstration ou de l'argumentation. Dans vos notes, la mémorisation en sera facilitée ; dans une copie, la correctrice ou le correcteur sauront d'emblée où vous mettez les pieds. Selon les consignes ou le ressenti, vous pouvez faire l'inverse. Alors, les justifications précèdent une phrase isolée, percutante, canonique et donc minimale : sujet, verbe, complément.

Si vous pensez employer une proposition relative, elle doit être courte. Sinon, elle contient une idée pour une phrase autonome. Puisez alors dans vos boîtes à pronoms et connecteurs logiques : ainsi, en outre, également, d'autre part, etc. Quant au gérondif (participe présent), c'est votre ennemi : il faut l'éliminer !

Voyons ce que cela donne avec notre texte de départ, repris à la vitesse d'un remaniement ministériel express :
On ne saurait assez se méfier des phrases longues. Leurs enchâssements de subordonnées se succèdent comme à l'infini. Leurs compléments, disséminés un peu partout, apparaissent comme d'exubérantes exfoliations. Ils constituent autant d'obstacles à la bonne compréhension de l'ensemble. Toutes ces fioritures*** masquent l'essentiel de l'information. L'argumentation est noyée sous le déluge de l'artillerie des mots dans le champ de Bataille (Henry).

Les mauvaises habitudes sont longues à perdre ; les bonnes, difficiles à acquérir. Mettez-vous-y ! Le second semestre vient juste d'être entamé… et, s'il vous faut du temps, pensez à ce qui suit. Vous êtes en M2 ? Songez à votre mémoire ou rapport de stage, à votre future thèse ou à vos prochains documents professionnels !

* Henry Bataille (1872-1922), poète et dramaturge.
** À propos, j'en profite pour vous signaler cette vidéo sur l'excellente méthode de prises de notes dite « de l'université Cornell ». Elle peut vous rendre de précieux services !


*** Et hop ! on rassemble ici les subordonnées et compléments : user de phrases courtes n'exclut pas, tant s'en faut, de les cimenter par un ajout approprié.



Mis à jour le 22 janvier 2018