Médée​ ​ou​ ​la​ ​femme​ ​qui​ ​meurt​ ​de​ ​chagrin

Publié le 10 décembre 2017 Mis à jour le 10 décembre 2017

Sombre et déconcertante, la pièce ​Je ne suis pas de celles qui meurent de chagrin ou « Médée ! Je vais l’être ! » ​ frappe par le contraste entre l'ordinaire quotidien d’une femme et sa​ ​folie​ ​démesurée.

Inspirée du mythe de Médée écrit par Euripide, cette femme des temps modernes a elle aussi eu pour mari un Jason. Abandonné avec ses enfants dans un pays dont elle ne parle pas la langue, Médée appelle son bien-aimé à revenir. Déterminée, bien qu’impuissante, elle semble​ ​vivre​ ​par​ ​les​ ​souvenirs​ ​et​ ​par​ ​l’espoir​ ​de​ ​le​ ​revoir.
Assise sur une chaise, Médée imagine Jason qui rentre. Que lui dire ? Je t’aime ? Médée travaille son discours de bienvenue. Le choix des mots, de la tenue, est déterminant. Convaincre Jason de rester par compassion semble la seule espérance de cette femme éperdument amoureuse.

Nerveuse, Médée ouvre son cœur à ce navigateur qui la séduit en dépit​ ​de​ ​son​ ​arrogance.
Au milieu de la pièce, une table et deux chaises. Le décor est sombre et une robe rouge au fond semble habiller un peu ce pauvre espace, à l’image de la solitude de Médée. Le jeu des lumières et des sons, quant à lui, renforce les moments de folie de cette femme. Le spectateur est ainsi pris au dépourvu. Alors que Médée se perd dans ses pensées, la passion prend le dessus et transforme soudainement la jeune femme. Une bête maléfique mourante​ ​prend​ ​alors​ ​possession​ ​de​ ​son​ ​corps​ ​avant​ ​que​ ​celle​ ​ci​ ​ne​ ​reprenne​ ​ses​ ​esprits.

Captivante. L’absence d’éléments de décor est compensée par l’atmosphère pesante mêlée au charisme de cette femme maudite par l’amour. La comédienne interprète pleinement par ses gestes, son intonation et son imprévisibilité l’hystérique, bipolaire, compulsive Médée. Propulsée dans son élan, la comédienne s'approprie l’espace du théâtre en passant près des​ ​spectateurs,​ ​notamment​ ​lors​ ​de​ ​la​ ​scène​ ​finale​ ​où​ ​elle​ ​disparaît​ ​dans​ ​son​ ​extase.

Comique. La pièce frappe par sa vraisemblance avec le monde contemporain. C’est étrangement avec humour que certaines scènes révèlent le ridicule de certaines réalités, comme lorsque Médée dans sa divagation semble captivée par la voix de cet homme qui, à la radio, donne des conseils de séduction.

Simple dans sa conception, émouvante par l’énergie dévorante de Médée, la pièce est une immersion​ ​dans​ ​le​ ​monde​ ​de​ ​la​ ​passion​ ​amoureuse.


Rédigé par Brian Texeira
06/12/2017

Mis à jour le 10 décembre 2017