Portrait de Lorry Hardel, comédienne de la pièce Martyr

Publié le 27 novembre 2017 Mis à jour le 10 décembre 2017

Lorry Hardel est une comédienne hors paire. A travers son parcours atypique, elle montre qu'il n'y a pas une manière de devenir comédien·ne mais une infinité. Elle a su braver tous les obstacles et son obstination lui vaut aujourd'hui sa place officielle dans le monde du spectacle en tant qu'intermittente du spectacle. La comédienne a toujours eu « le théâtre dans le peau » et continuera à l'avoir...

► Quand a commencé votre vie dans le monde de l'art de la scène ?

Je n'ai pas eu une vie dans le monde du théâtre, j'en ai eu plusieurs ! À Paris, à Marseille, à Cannes, à Avignon, et même en Suisse. D'abord en tant que spectatrice, puis étudiante et enfin en tant que vraie comédienne grâce à l'obtention de mon statut d'intermittente du spectacle l'année dernière. J'ai commencé à fréquenter le théâtre quand j'étais petite avec ma mère qui m'emmenait voir des comédies pour enfants. En primaire et au collège, je participais toujours aux ateliers théâtres organisés par mes écoles. Au lycée, sans hésitation, j'ai choisi l'option théâtre pour mon Bac et je suivais les cours du soir, environ six heures par semaine, dans un théâtre de quartier, le Theo Théâtre dans le 15e arrondissement de Paris. Les années qui suivirent l'obtention de mon diplôme montrent à quel point tous les chemins mènent à Rome et qu'il y a autant de chemins possibles que de comédiens pour faire ce métier : j'ai suivi six mois de cours à l'université Aix-Marseille dans la « formation de base aux métiers du théâtre » pour finalement retourner dans la capitale et commencer une licence d'art du spectacle à l'université Sorbonne Nouvelle, tout en suivant des cours du soir à l'école Charles Dulin. En troisième année, je n'ai pas passé mes examens et j'ai décidé de faire une année sabbatique pour travailler tout en continuant à suivre des cours du soir. Après cela, j'ai recommencé à prendre des cours réguliers au conservatoire du Centre dans le but de préparer les concours des grandes écoles. J'ai été prise à l'ERAC, l’École régionale d'Acteurs de Cannes pour obtenir enfin une licence d'art du spectacle et le diplôme national supérieur professionnel de comédien (DNSPC).


► Avez-vous toujours souhaité devenir comédienne ?

Quand j'ai commencé mes années post-bac, je m'étais dit que j'étudierai le théâtre mais sur le plan théorique, cela me paraissait plus sûr. Jamais je ne disais à mon entourage que je serai comédienne. Ce métier me paraissait complètement inaccessible si on n'a pas de pistons, si on n'est pas né dans le milieu du spectacle ou si on ne correspond pas à certaines normes physiques. Ma mère voulait en plus que je fasse des études de droit alors c'était compliqué d'assumer le fait que je voulais au fond être comédienne. Mais je savais que je ne voulais pas faire autre chose, c'était complètement inconcevable et c'est pour cela que je n'ai jamais cessé de faire des études d'art du spectacle et que je préparais les concours. Même si j'ai changé d'avis de nombreuses fois dans mon parcours, j'ai toujours gardé ma flamme. A chaque nouvelle école, je me sentais crédible dans ce que je faisais. Quand j'ai commencé mon cursus universitaire, je disais à ma mère que je faisais cela pour l'instant, mais que je me réorienterai... peut-être. Quand j'ai été prise à l'ERAC, j'ai décidé qu'il était temps de faire mon « coming out théâtrale » auprès d'elle. Aujourd'hui elle s'inquiète encore, car nous savons toutes les deux qu'il y a peu de chance que je sois financièrement stable dans ma vie.


► Quels conseils aimeriez-vous donner aux étudiants qui ont peur de se lancer dans le métier ?

D'abord, sentez-vous légitime de tout. Si j'ai mis autant de temps à me décider et à en faire mon métier, c'est parce que je me sentais illégitime : je suis noire, j'ai des formes et je suis plutôt de nature réservée, autant dire que je ne fais pas parti du tout de l'idéal normé qu'on nous rabâche continuellement et que je suis loin d'être le genre de comédienne que l'on voit partout. Mais l'avantage du théâtre, c'est que tout est potentiellement représentable sur une scène, tous les profils sont exploitables. Dans une pièce, nous devons nous tenir au script mais la personnalité du personnage interprété dépend énormément de la personnalité du/de la comédien·ne. Un personnage ne sera jamais joué de la même façon par deux acteur·rice·s différent·e·s. Ce qu'il faut c'est assumer ce que nous sommes et savoir l'exploiter au maximum pour donner le meilleur de soi-même sur scène. Le théâtre est un lieu qui cultive les différences. Le deuxième conseil que je peux donner est qu'il ne faut pas hésiter à faire le plus de choses possibles. Saisissez toutes les occasions qui se présentent à vous et provoquez votre propre chance. Dans ce métier et tout particulièrement quand on fait ses études, il faut multiplier les expériences, prendre des cours du soir, participer à des ateliers théâtres, à des castings, voir le plus de représentations possibles, rencontrer les acteurs, les metteurs en scène, etc. Pour entrer dans le monde du spectacle, il faut avoir du culot et partir à la recherche de tout ce qui peut ouvrir la voie à votre carrière.
 

Retrouvez Lorry Hardel du 27 au 30 mars au théâtre Le Tarmac à Paris, dans la pièce Tram 83, adaptée et mise en scène par Julie Kretzschmar.


Entretien réalisé par Aurore Garot
27/11/2017

Mis à jour le 10 décembre 2017