La pluie d’été : Qui a eu cette idée folle , un jour d’arrêter l’école ? Ernesto !

Publié le 5 décembre 2018 Mis à jour le 5 décembre 2018

Le 26 novembre se jouait par la troupe du « pavillon 33 » la pièce lauréat du grand prix « Nanterre sur scène » de 2017 « la pluie d’été » adapté du roman du même nom de Marguerite Duras et mit en scène par Sylvain Gaudu sous le chapiteau des Noctamboules.

Date(s)

le 5 décembre 2018

Par Hanane Talbi

Le 26 novembre se jouait par la troupe du « pavillon 33 » la pièce lauréat du grand prix « Nanterre sur scène » de 2017 « la pluie d’été » adapté du roman du même nom de Marguerite Duras et mit en scène par Sylvain Gaudu sous le chapiteau des Noctamboules.
Nous entrons dans la maison d’Ernesto, un enfant de 12 ans qui ne fait pas son âge, plus grand et fort que la normale, il en fait 28 d’après les dires de son village. Ernesto est issu d’une famille modeste d’immigrés italiens, il est l’ainé de ces 6 « brothers et sisters » comme il aime les appeler. Très vite, nous comprendrons qu’Ernesto est torturé, il n’est pas comme les autres, il ne pense pas comme les autres, il remet tout en question sans cesse. L’éducation nationale fait de ce dernier une vedette locale dans son village et des journalistes se questionnent sur son histoire, ce qui l’a poussé à avoir cette soif d’apprentissage aussi jeune.

Nous assistons à notre plus grande surprise à l’aveu déchirant d’Ernesto de ne plus vouloir aller à l’école car « il apprend là bas ce qu’il ne sait pas ». Cette phrase est un électrochoc pour ses parents qui en informent immédiatement le directeur de l’école d’Ernesto. Sylvain Gaudu, le metteur en scène, nous livre une mise en scène intéressante en installant une atmosphère pesante lors de l’entrée du directeur en le dressant sur une échelle très en hauteur, pour montrer la supériorité de l’éducation nationale sur les parents. Ernesto a d’autre ambition que l’école, il veut comprendre l’univers, il s’intéresse à la chimie, la philosophie, il préfère aller à la fac qui est à son sens bien plus instructive. Il est à quelques semaines de comprendre tout ce qui l’entoure dans l’univers et décide donc de se libérer de ses chaînes terrestres en avouant à sa mère qu’il fut longtemps amoureux d’elle. Ernesto avoue avoir grandi aussi vite physiquement, appris à lire et écrire seul, pour faire plus vieux et être au niveau de sa mère pour copuler avec elle.
Les comédiens du pavillon 33 nous livrent dans cette pièce le complexe d’Oedipe, théorisé par Sigmund Freud, qui est défini comme le désir inconscient d’entretenir un rapport sexuel avec le parent du sexe opposé. Ernesto est psychologiquement en « phase génitale », c’est-à-dire qu’il reconnait la double différence, des sexes et des générations. Nous sommes témoins de la violente maturation sexuelle d’Ernesto qui est contraint de se détourner de sa mère qui veut également copuler avec lui, pour la remplacer par sa sœur Jeanne de 10 ans. Jeanne est également secrètement amoureuse de son frère, tous deux souhaitent mourir pour vivre leurs amours. Il y a un véritable triangle amoureux mais c’est un amour impossible, un amour qui ne se dit pas.
Dans cette pièce il y a un questionnement autour du tabou de l’inceste qui est une norme sociale dans toutes les sociétés qui consiste à rejeter les pratiques sexuelles entre individus de même parenté. Ernesto rejette ce tabou et pour se légitimer il renie l’existence de Dieu ce qui rend le spectacle blasphématoire à certain endroits et peut choquer des personnes sensibles. Ce reniement de l’existence de Dieu lui permet de contourner l’interdiction de l’inceste pour copuler avec sa petite sœur jeanne.
Les comédiens sont convaincants, notamment la mère Emilia qui nous transmet sa souffrance par des cris et pleurs stridents lorsqu’elle comprend qu'Ernesto ayant le « savoir », va partir étudier à l’étranger et s’éloigner d’elle. La pièce se termine dans une atmosphère dramatique : Ernesto regrette la pluie d’été qui est l’allégorie du sperme de son père qui provoqua sa naissance.

Mis à jour le 05 décembre 2018