ARTEMISIA PROJECT : Quand des femmes parlent de femmes

Publié le 7 avril 2018 Mis à jour le 7 avril 2018

Mesdames, retirez vos push-up, ôtez vos talons, enlevez vos extensions, l'ARTEMISIA PROJECT vous met à nu.


Crédits photo : Marine RESSE


À la Cartoucherie de Vincennes, les femmes entrent en résistance sous la direction de Lucile Cocito. La troupe de L’Artistique Théâtre est de retour dans l’intimiste petite salle du Théâtre du Soleil avec un spectacle multiforme, aussi unique que détonnant. Coécrit par Lucile Cocito et Shaula Cambuzzu, ARTEMISIA PROJECT s’engage dans l’Europe du XXIe siècle en mêlant théâtre, danse et performance pour mettre à l’honneur des femmes opprimées, déterminées, engagées.

Les tableaux s’enchaînent pendant 1 h 40, entre bandes-son, jeux de lumière, performances physiques, à la frontière entre danse et cirque, pour aborder des thèmes aussi multiples qu'actuels : la crise migratoire, la condition féminine, la place de l’artiste.

Les spectateurs entrent dans la vie d’Artemisia, femme engagée, mère célibataire avec deux enfants, qui oscille entre son rôle de mère, sa vie de femme et sa vie d’artiste — clin d’œil avoué à l’artiste italienne Artemisia Gentileschi, qui fut la première femme à être admise à l’Académie des Beaux-Arts.

Comme Artemisia, des figures féminines, politiques ou artistiques montent sur scène pour dénoncer les forces qui emprisonnent la société et soumettent les femmes. Des textes percutants, destinés aux « salopes, droguées, handicapées, ménopausées, putes, les filles de putes, les alcooliques, les méprisées, toutes des sorcières » qui font sensiblement écho aux lignes de Virginie Despentes. La pièce est une ode aux femmes, à celles qui résistent, se construisent dans un univers qui impose ses codes et tente de les aliéner.

Une chose est sûre : la troupe de L’Artistique Théâtre ne manque pas d’ambition. Malheureusement, cette tendance (ou nécessité) au « tout dire » alourdit la pièce et perd parfois le spectateur. ARTEMISIA PROJECT entend dénoncer l’Europe du XXIe siècle dans toute son ambivalence, entre prises de parole intempestives à l’aide de hashtags agressifs et emprisonnements de journalistes malgré la liberté d’expression ; migrants à la dérive et opulence européenne ; femmes libres et culture du viol. Une ribambelle de thèmes — bien qu’intéressants — se rajoutent à la pièce sans qu’on en comprenne véritablement le sens et la nécessité pour la pièce : adolescent à la dérive, manifestants opprimés, corruption, homosexuels emprisonnés. Les spectateurs ont parfois du mal à comprendre l’intérêt de certaines transitions qui semblent combler un vide ; l’enchaînement des tableaux est parfois difficile et le rythme s’essouffle trop rapidement.

Néanmoins certains tableaux valent vraiment le détour, tant pour leur originalité que leur esthétique et leur performance technique. Lucile Cocito et Shaula Cambuzzu ont conçu la scène comme un laboratoire, mêlant texte et mouvement pour donner aux sujets graves une note d’humour. C’est un beau duo de femmes qui a travaillé sur la conception, la préparation et l’accouchement d’une œuvre qui nous dévoile les dessous de la création et ce que veut dire être une « femme artiste ».

Il faut souligner l’audace, le travail et la détermination de L'Artistique Théâtre : une troupe prometteuse, qui dégage une bonne énergie et dont les idées ne cesseront de vous étonner.

Mis à jour le 07 avril 2018