Inquiétude sur la hausse des frais de scolarité sur les étudiants non européens

Publié le 2 décembre 2018 Mis à jour le 3 décembre 2018

Dans la journée du lundi 19 novembre, le premier ministre français Édouard Philippe lors des Rencontres universitaires de la Francophonie dévoilait sa «stratégie d’attractivité pour les étudiants internationaux» sous la bannière ‘’ Choose France’’ (Choisissez la France).

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le 1 décembre 2018

Dans la journée du lundi 19 novembre, le premier ministre français Édouard Philippe lors des Rencontres universitaires de la Francophonie dévoilait sa «stratégie d’attractivité pour les étudiants internationaux» sous la bannière ‘’ Choose France’’ (Choisissez la France). Il a, par cette stratégie l’objectif ambitieux d’attirer environ 500 000 étudiants internationaux pour l’horizon 2027, pour pallier au 300 000 que compte la France actuellement.
Cette stratégie du gouvernement prévoit ainsi une hausse considérable des frais de scolarité pour les étudiants non européens étudiant sur le territoire français.
Ladite mesure n’a d’ailleurs pas tardé à mettre le feu dans le camps des étudiants étrangers et celui des syndicats étudiants français. Mesure d’ailleurs qualifiée de "inefficace, injuste et contre-productive" selon Hugo Harari-Kermadec, maître de conférences en économie à l’ENS Paris-Saclay.

Focus donc sur ce que cette mesure prévoit, ainsi que les critiques érigées contre celle-ci.


► Ce que prévoit la Stratégie d’attraction

Le gouvernement a ainsi décidé de faire payer davantage les étudiants extra-européens en France.
Seuls les étudiants résidant hors de l'Espace économique européen sont en effet concernés par cette hausse : les étudiants venant de l'EEE continueront eux à payer les mêmes frais qu'un étudiant français, en vertu des règles européennes qui imposent une égalité de traitement.
Leurs frais de scolarité vont augmenter afin de financer davantage de bourses et améliorer les conditions d'accueil. C’est un changement de paradigme majeur. Les étudiants étrangers (hors Union européenne), qui pouvaient jusqu’à présent venir faire leurs études en France au même tarif que les Français, vont dès la rentrée prochaine payer beaucoup plus cher. Alors qu’une licence coûte aujourd’hui 170 euros par an, un master 243 euros et un doctorat 380 euros, ils paieront respectivement 2 770 euros pour la première et 3 770 euros pour les deux autres, ce qui représente environ un tiers du coût réel de ces formations.

Selon une note conjointe de Matignon, du Quai d'Orsay et du ministère de l'Enseignement supérieur, le gouvernement prévoit d’accompagner cette hausse des frais d’inscription avec des aides pour un quart des étudiants.
En effet, le gouvernement prévoit la création de 14 000 bourses d'exemption de frais de scolarité, visant principalement les étudiants de pays en développement. Grâce à d'autres accords d'exemptions, "un étudiant international sur quatre pourra bénéficier d'une exonération ou d'une bourse", selon le gouvernement.


► Critique

Le premier ministre avait tweeté le jour même avant l’annonce de sa nouvelle réforme que "un étudiant étranger fortuné qui vient en France paye le même montant qu’un étudiant français peu fortuné dont les parents résident, travaillent et payent des impôts en France depuis des années. "C’est injuste" soulevant ainsi une tollé de critique lui rappelant que la plupart des étudiants étrangers sont de milieu modeste.

La stratégie baptisée "Bienvenue en France" fait polémique avec le #BienvenueEnFrance. Le hashtag utilisé par Édouard Philippe pour annoncer sa stratégie d’attractivité peut en effet paraître quelque peu surprenant.

C’est sans surprise que l’on voit que les oppositions de gauche n'ont pas franchement le même avis sur la question. Générations et La France Insoumise ont tour à tour dénoncé la logique discriminatoire de cette mesure. C'est le patron du jeune parti de gauche, Benoît Hamon qui s'est emparé du sujet en premier, fustigeant des "frais prohibitifs" qui interdisent "de facto" la venue d'étudiants africains. "Mais assumez le hashtag #dehors plutôt que le cynique #BienvenueEnFrance (...) vous faites honte à la tradition et à la vocation de l'université française", a-t-il cinglé sur Tweeter en réponse au poste de Edouard Philippe.
La France insoumise. La formation politique s'est fendue d'un communiqué virulent, relayé ce mercredi 21 novembre au matin par plusieurs cadres comme le député de la Seine-Saint-Denis Éric Coquerel. Titré "Non à l'augmentation des frais d'inscription des étudiants étrangers !", le texte accuse le gouvernement de pratiquer une politique xénophobe et d'organiser un "parcoursup international" favorisant les plus aisés.
Les Insoumis estiment eux aussi que les premières victimes de ces mesures sont les jeunes africains, indiens ou asiatiques qui choisissent de faire leurs formations en France et dont le degré d'aisance financière ne permet pas forcément de régler des frais plus élevés.
Ces annonces ont été vivement critiquées par les deux principaux syndicats étudiants français. « Ce n’est pas aux étudiants de contribuer au sous-financement de l’enseignement supérieur par l’Etat », s’indigne ainsi le premier syndicat étudiant, la Fage. Une hausse des frais d’inscription pour les étudiants étrangers va entraîner « un renforcement de la précarité sociale et une fermeture des portes de l’enseignement supérieur français », prévient de son côté l’Unef.

En réponse à ces inquiétudes, Matignon explique que, paradoxalement, le faible coût des frais de scolarité en France décourageait certains candidats qui s'inquiétaient de la qualité des enseignements.
On sent comme un besoin pressant de la part du Premier ministre de justifier cette stratégie lorsqu’il affirme notamment que ‘’ Nous resterons très en-dessous des 8000 à 13 000 euros de nos voisins néerlandais et des dizaines de milliers de livres en Grande-Bretagne, et de la plupart des pays européens, sans évoquer bien sûr la situation sur le continent nord- américain ‘’.
Édouard Philippe affirme défendre un "choix fort", "qui nous permettra de mieux accueillir les étudiants qui choisissent la France".
"Nous pouvons faire beaucoup mieux", a estimé Édouard Philippe tout en défendant un "choix mesuré."

► Inquiétude au niveau des étudiants étrangers

Du côté des étudiants étrangers, on s’inquiète de cette nouvelle. La plupart des étudiants craignent ne pas pouvoir verser une telle somme en plus de leurs dépenses quotidiennes dont ils subviennent avec, pour la plupart, un job étudiant de 20H maximum comme l’impose la loi. Ces mêmes étudiants craignent ainsi de devoir abandonner leurs études en France, car il y a peu d’espoir de correspondre aux critères de Bourse.


Actuellement, une pétition tourne sur internet via la plateforme change.org afin de dire non à la hausse des frais d’inscription des étudiants étrangers. Pour l’heure, plus de 30 000 personnes ont déjà répondu à l’appel en signant cette pétition et en la relayant sur les réseaux sociaux.

⇒ Sources : Médiapart, l’Express, 20 minutes, Le monde, HuffingtonPost

Mis à jour le 03 décembre 2018