En finir avec « et ce »

Publié le 15 février 2018 Mis à jour le 16 février 2018

Voilà deux mots qui servent de relance facile, mais sont alors du plus disgracieux effet : bla-bla, ET CE bla-bla-bla. Car, si le son qui sort des esses (ou ouïes) d'un violon peut être délicat (sauf, c'est bien connu, les six premiers mois, surtout pour les voisins), le « et ce » vient désagréablement alourdir un exposé ou la rédaction d'une copie.

Et ce a l'inconvénient de transformer une phrase souvent longue en phrase encore plus longue. Par sa nature, il faut juxtaposer une coordination (et) avec un complément. L'anacoluthe surgit tout soudain que peut marquer la virgule.

En effet, la logique serait, après « Napoléon Bonaparte s'empara du pouvoir en 1799 », il serait logique de s'attendre à « et cela dura jusqu'en 1815 ». Pourtant, cela est raccourci à l'économie en ce est suivi d'un complément (« et ce, jusqu'en 1815 »), voire d'un gérondif (« et ce, en imposant sa loi à l'intérieur et en luttant contre l'Europe entière »). Or, ces gérondifs sont les ennemis des phrases ramassées (voir notre article sur l'art de la haute coupure

Ce est une forme ramassée de cela, pronom qui arrive comme un sujet, mais n'est sujet de rien, ce qui est un sujet de préoccupation (ou devrait l'être). L'abominable et ce (qui appelle une virgule comme un sujet au pluriel appelle un terminaison en nt chez le verbe) est une sorte de mastic verbal fait pour faire coller deux éléments de manière contrainte autant qu'inélégante.

À l'oral, c'est une respiration d'insistance. Et ce… Attendez donc de voir la suite : ce n'est pas fini ! Une rapide aguiche (en franglais : teasing) qui finit par tourner au tic verbal… puis hélas écrit. La meilleure chose à faire avec et ce est de s'en passer. Vous vous en porterez mieux, et la langue française aussi (merci pour elle).

Dans la plupart des cas, accrochez directement votre deuxième proposition (à l'oral, jouez sur les effets de respiration), quitte à ajouter un verbe relié au sujet d'origine :

Comparez !
1. Napoléon Bonaparte s'empara du pouvoir en 1799, et ce, jusqu'en 1815.

2. Napoléon Bonaparte s'empara du pouvoir en 1799 et le conserva jusqu'en 1815.

Ce n'est pas beaucoup plus long mais, stylistiquement, c'est bien meilleur.

Dans d'autres cas, il suffit d'un collage sans mastic (et ce) :

1. Napoléon prit le pouvoir en 1799 qu'il garda jusqu'en 1815, et ce, en luttant contre l'Europe entière.

2. Napoléon prit le pouvoir en 1799 qu'il garda jusqu'en 1815, X et ce X, en luttant contre l'Europe entière.

Et même mieux (chassons le gérondif!) :

3. Napoléon prit le pouvoir en 1799 qu'il garda jusqu'en 1815, X et ce, en luttant contre X l'Europe entière.

Si vous pensez et ce, écartez le. Après un ou deux mois de pratique, la substitution vous viendra naturellement et, dans un exposé ou une copie, le cours de vos propos sera plus fluide, plus harmonieux… et ça ne nuit jamais.

Autrement dit, une bonne fois pour toutes, pendez et ce à une esse, et laissez-le esseulé dans un sous-sol sans issue !




Esse
pour « et ce ».

Mis à jour le 16 février 2018