H : les liaisons dangereuses

Publié le 12 mars 2018 Mis à jour le 14 mars 2018

Il ne sera pas ici question de substances illicites dont la loi condamne le commerce ou l'usage, mais plus simplement d'H muet ou d'H aspiré. Le danger est ici linguistique. Méfiez-vous des liaisons dangereuses !


(Pixabay.com, domaine public.)

Le H français a cette particularité d'être parfois muet ou d'être « aspiré », ce qui oblige à marquer une séparation à l'oral comme à l'écrit. Comme le dit Chimène à Rodrigue : « Va ! je ne te hais point » (et non « je ne t'[h]ais point »). La difficulté est de savoir quel H est « muet » : on ne doit se préoccuper que de l'écrire, mais il ne joue aucun rôle dans la prononciation (l'hiver — et non ° le hiver, par exemple).

La difficulté vaut pour les étudiants ou enseignants allophones, ainsi nommés, non parce qu'ils passent leur temps à téléphoner comme certains autochtones, mais parce que le français n'est pas leur langue première. Elle vaut aussi pour ceux qui ont le français pour langue maternelle. C'est d'autant plus vrai que la réalité de la langue orale, telle qu'elle est parlée ici ou là, diffère de la langue normée.

Les dictionnaires indiquent, mais de façon spécifique, si le h est « aspiré » et non « muet ». À défaut de reprendre toute la présentation de chaque dictionnaire, regardez comment sont traités haïr ou hisser, d'une part (h aspirés) et habiter ou humeur (h muets). Le dictionnaire Larousse en ligne (gratuitement accessible) indique le h « aspiré » en le faisant précéder d'un astérisque et, de surcroît, permet d'écouter la prononciation.

On rappellera simplement que les-Z (h) andicapés est une prononciation erronée du point de vue de la norme. Or on attend d'un·e étudiant·e, même s'il travaille sur les usages linguistiques différenciés, qu'il ou elle maîtrise la langue normée. Il est d'ailleurs préférable de parler de personnes en situation de handicap (et non ° d'handicap) : on les considère comme des personnes d'abord avant de les qualifier et, surtout, on évite d'essentialiser le handicap.

Nous terminerons en évoquant ces haricots qui ont donné lieu à une légende urbaine sans doute aussi rurale, et que désormais on pourrait qualifier de fake news : non, jamais l'Académie française n'a « autorisé » à faire la liaison avec haricots. Vous pouvez toujours dire les z'haricots avec la bénédiction juridique du Conseil constitutionnel (si l'on transpose à notre cas la décision 94-345 DC du 29 juillet 1994 : loi relative à l'emploi de la langue française). Mais, pour autant, vous ne vous conformerez pas à la norme.

Qu'on lui reconnaisse ou pas une autorité normative (ce qui est autre chose), l'Académie, mise en cause dans cette affaire, donne ces précisions sur son site officiel :

La rumeur selon laquelle il serait aujourd’hui d’usage et admis que l’on fasse cette liaison a été colportée par un journal largement diffusé dans les établissements scolaires, L’Actu (nº 8 du jeudi 3 septembre 1998, p.7), qui n’a pas jugé bon de publier de rectificatif.


On ne saurait être plus clair !

Mis à jour le 14 mars 2018