L'important, c'est de participer

Publié le 23 février 2018 Mis à jour le 23 février 2018

Si nous avons emprunté la devise du baron Pierre de Coubertin, précisons d'emblée qu'il ne s'agit pas ici d'évoquer le vocabulaire sportif, mais plutôt l'accord du participe (passé)… même si la connaissance de ses multiples règles, sous-règles et exceptions peut sembler relever de l'exploit olympique.

Glamour est une déformation de grimoire (le glamour est initialement une affaire de charme, au sens de sortilège), et grimoire est une déformation de grammaire. Pourtant, aucun sujet de grammaire n'est moins glamour que l'accord du participe passé employé avec un auxiliaire. Même là, tout se complique : verbe avoir, verbe être ? Car, employé à la forme pronominale, un verbe utilisé avec être se comporte le plus souvent comme si on l'utilisait avec avoir.

Évidemment, deux cas se présentent : ou vous avez incorporé la règle qui figure dans vos schèmes de fonctionnement ; ou ce n'est pas le cas. Et si ce n'est pas le cas, vous avez au mieux le souvenir du complément d'objet, mais il y a peut-être des années que cet objet est égaré ou caché de telle manière que même notre ami Sherlock n'y pourrait rien, fût-ce avec sa loupe.

Il y a des cas, des sous-cas (le participe passé suivi d'un infinitif) et un paquet d'exceptions qui infirment la règle. On n'abordera pas tout ici, mais on ne vous encombrera pas avec l'objet. Peut-être la mémoire vous a-t-elle été rafraîchie en L1 dans le cours en ligne « atelier de langue française » ; peut-être l'atelier est-il un souvenir aussi brumeux que l'atmosphère londonienne dans une adaptation de Sherlock Holmes. Mais reconnaissons aussi que l'accord du participe passé se perd parfois à l'oral. Évidemment, ça n'aide pas. Or, à l'écrit, certaines corrections sont sourcilleuses. Vous connaissez le principe : il vaut mieux le demi-point en plus qui permet de garder la tête hors de l'eau que le demi-point en moins qui vous renvoie dans les profondeurs ! Tâchons d'aider à garder le demi-point positif. Comment faire ?

Voici un petit « truc » sans employer « complément d'objet ». Il va régler neuf situations (au moins) sur dix parmi celles que vous pourrez rencontrer. Même quand on connaît la règle, on n'a pas le temps de se la raconter par le menu une nouvelle fois : les étudiant·e·s sont trop occupé·e·s à prendre leurs notes à la vitesse grand V pendant les cours ou à rédiger leurs devoirs en se concentrant sur le fond. Donc, ce qu'il vous faut, c'est un petit truc rapide.

On va tout traiter sans distinguer les cas (auxiliaire avoir, auxiliaire être, auxiliaire être dans la forme pronominale). Rappel à titre amical : la forme pronominale est liée à l'emploi d'un pronom (laver / se laver ; planter [un arbre] / se planter [en moto dans un arbre]).

Pour écrire correctement le participe passé (PP), on se demande si on a DÉJÀ écrit ce qui est ou s'est « PP ». Si on l'a écrit, on fait l'accord en genre (masculin/féminin) et en nombre (singulier/pluriel) avec ce qui est ou s'est PP. Sinon, on ne bouge pas.

Quelques exemples vont vous permettre de saisir cette astuce. On vous explique : le terme à accorder (ou pas) est entre crochets. Les réponses (plusieurs peuvent être possibles) suivent sous forme de liste à puce. Notez qu'on applique la méthode en se contrefichant du fait qu'on a affaire à avoir ou être (pronominal ou pas) : ça vous fait toujours une prise de tête de moins. Le temps de passer sous la douche, et vous saurez tout !

Exemple 1. — JE ME SUIS [LAVÉ]

Qu'est-ce qui est [LAVÉ] ? Moi (=JE), écrit avant d'avoir écrit [LAVÉ]. Ce JE peut être un homme ou une femme :

► (Je m'appelle Olympe.) ► JE me suis LAVÉE. Accord au féminin singulier.
► (Je m'appelle Oscar.) ► JE me suis LAVÉ. Accord au masculin singulier (je sais, ça ne change rien).

Exemple 2. — JE ME SUIS [LAVÉ] les cheveux (ou les pieds, si ça vous chante).


Qu'est-ce qui est [LAVÉ] ? Les cheveux (ou les pieds), écrit après. Donc pas d'accord (pas de marque du féminin ni du pluriel) :

► Je me suis LAVÉ LES CHEVEUX (ou LES PIEDS). Peu importent Olympe ou Oscar !

Exemple 3. — LES FLEURS QUE TU M'AVAIS [OFFERT]


Qui est ce « tu » ? Peut-être Carmen, peut-être don José. Mais après tout, peu importe, car QU'EST-CE QUI EST [OFFERT] ? – (Même avec avoir, on pose toujours la question avec de vrais morceaux de « est » dedans : c'est le secret du truc.) Ce qui EST OFFERT, ce sont LES FLEURS !

On fait donc l'accord au féminin pluriel : pour les connaisseurs, c'est le coup de ce traître de complément d'objet qui s'est glissé devant en loucedé : cas fréquent dans les propositions relatives ou « que » représente un nom ou un groupe nominal. Carmen et don José peuvent être en désaccord, on s'en moque ! Notre accord sera fleuri :

► LES FLEURS que tu m'avais OFFERTES.

On ne va pas multiplier les exemples. Sachez que ça marche, surtout vous, oui, vous, les étudiant·e·s en histoire avec ce verbe dynastique maudit : ils ou elles SE SONT SUCCÉDÉ. Car, qu'est-ce qui est SUCCÉDÉ ? Ben, rien mon pauvre monsieur, rien ma brave dame. Rien n'est jamais « succédé » (ça n'a pas de sens), alors qu'on succède l'un à l'autre. L'emploi de la même méthode permet à nos ami·e·s juristes de bien écrire LES DROITS qu'elles se sont ARROGÉS (attribués unilatéralement), mais aussi « ILS SE SONT ARROGÉ LES DROITS » (car ce sont les droits qui ont été arrogés).

Vous le voyez, cette méthode va vous permettre de régler neuf cas sur dix : c'est toujours ça de pris... Pour les finesses (participe passé suivi d'un infinitif, entre autres), vous avez une multitude de solutions en ligne. Mais nous faillirions à tous nos devoirs si nous ne renvoyons pas nos amis linguistes (cette fois) à la source de la « méthode Wilmet », en l'occurrence le très sérieux Marc Wilmet, professeur à l'université libre de Bruxelles. La BU de Nanterre mentionne 41 références le concernant, mais pas Le Participe passé autrement (éd. Duculot, Paris-Bruxelles, 1999, pour la 1re édition).

À vous de jouer… avec le participe passé !

Mis à jour le 23 février 2018