Destination 3 : Le Rwanda. Muraho !

Publié le 15 avril 2018 Mis à jour le 15 avril 2018

Ce mois-ci, Noémie nous raconte son stage dans la maison d'édition jeunesse, Bakame Editions, à Kigali, au Rwanda. Au menu : des moto-taxis, le lac Kivu, des contes, du café, mais surtout des livres !

Troisième escale pour le tour du monde de l’édition jeunesse, 7 lieues et un livre. Je vous emmène ce mois-ci en Afrique à la découverte d’un petit pays d’une richesse incroyable : le Rwanda. Prêt ? On embarque.

Qu’ai-je appris sur le métier d’éditeur jeunesse et sur le monde du livre au Rwanda ?
La lecture au Rwanda, c’est un peu comme la découverte d’un nouveau continent. Longtemps, les histoires rwandaises ont traversé les âges par la voix des conteurs qui fixaient davantage des émotions plutôt que des mots. Au son de leur voix, le langage se faisait musique. Aujourd’hui, le kinyarwanda, la première langue officielle du Rwanda, s’écrit et peu à peu des livres apparaissent. Le monde du livre s'intéresse surtout aux enfants (il faut rappeler que la moitié de la population rwandaise a moins de 20 ans) avec, à ce jour, dans le pays, près d’une vingtaine d’éditeurs jeunesse. Tous font preuve d’un grand enthousiasme pour proposer des livres reprenant des référents culturels rwandais et pouvant servir de supports éducatifs aux plus jeunes. Cela donne parfois lieu à de drôles d’histoires auxquelles une européenne comme moi n'est pas habituée : ces récits, contés comme des leçons de vie, portent sur des sujets variés (comme la mendicité ou l’équilibre alimentaire).



Être éditeur jeunesse au Rwanda, c’est un acte de transmission et d’éducation. C’est s’engager aux côtés des ONG pour proposer des histoires qui feront rêver les lecteurs et mener aussi des actions autour des livres (comme la mise en place de packs de livres dans les transports en commun). C’est aussi partir à la recherche des talents littéraires de demain en participant à des concours d’écriture dans les écoles. C’est vouloir promouvoir la culture locale en reprenant les contes traditionnels ou en proposant des livres sur les jeux ancestraux. L’éditeur chez qui j’ai fait mon stage, Bakame Éditions, fait vraiment partie de ces acteurs qui ont aidé à reconstruire le pays sur des bases positives après le génocide de 1994. Et il y a aujourd’hui de quoi être optimiste vis-à-vis de la progression de la lecture chez les enfants puis, plus tard chez les adultes du Rwanda, que l’on surnomme à présent le « Singapour de l’Afrique ».



Et d’un point de vue personnel ?
Le Rwanda est un pays magnifique de par la richesse et la variété des paysages. Sur un planisphère, on le distingue à peine. Et pourtant, quand on s’y promène, on découvre aussi bien le grognement des hippopotames dans la savane que les neiges éternelles sur les hauts volcans, l’humidité de la forêt tropicale que la quiétude des rives du lac Kivu. Et que dire de Kigali, la capitale du Rwanda ? Figurez-vous que c’est une ville bien plus verte, plus propre et plus sécurisante que Paris. On enfourche une moto-taxi, casque bien vissé sur la tête, et on passe de colline en colline comme si la ville nous appartenait. Un vrai sentiment de liberté.




J’ai été un peu plus dubitative au début sur le comportement des Rwandais : il y avait un vrai paradoxe entre leur calme apparent, que l’on peut prendre facilement pour de l’indifférence, et leur volonté de me mettre absolument en contact avec toute personne pouvant m’aider ou me faire sortir. Ce n’est que dans les derniers jours, alors que la pression du départ se faisait sentir, que j’ai vraiment eu l’impression d’échanger avec mes collègues.

Lorsque je suis arrivée à Kigali, j’étais prévenue que les relations entre le Rwanda et la France étaient loin d’être apaisées depuis le génocide. Je ne savais pas trop à quoi m’attendre sur la vision de mon pays en arrivant sur les terres des mille collines. Si le français et la culture française perdent vertigineusement du terrain face à l’anglais et à une culture plus américanisée, la France reste toujours un pays idéalisé, un pays qui fait un peu rêver. Beaucoup de jeunes rwandais que j’ai pu rencontrer m’ont ainsi avoué avoir appris le français quand ils étaient enfants, puis l’avoir oublié, faute de pratique. J’étais donc l’excuse parfaite pour qu'ils se remettent à la langue de Molière le temps de quelques mots. Et moi je crois que je n’ai jamais eu autant la côte qu’auprès des Rwandais.



Dernière petite anecdote ?
Ce mois-ci, en guise d’anecdote, j’avais envie de vous parler du café rwandais. En connaisseuse de café que je suis, j’avais déjà eu la chance de goûter du café rwandais à Paris et d’en savourer toute la richesse et la subtilité. J’étais donc assez enthousiaste à l’idée de découvrir la culture rwandaise du café. Si ce produit a longtemps été associé au colonialisme, et plutôt réservé à l’exportation pour les meilleurs crus, les choses changent petit à petit et, aujourd’hui, les Rwandais se réapproprient de plus en plus leur production de café. Pas très loin de chez moi, il y avait un endroit, Question Coffee, qui entend bien changer la donne en proposant du café de spécialité, torréfié sur place à des prix très compétitifs. En outre, l'enseigne travaille avec une coopérative de femmes cultivatrices de café dans le nord et dans le sud du pays.

Si un jour vous avez la chance de goûter un café rwandais, n’hésitez pas et foncez !



Rédigé par NoémieBELLANGER
Le 04/03/2018


Rendez-vous le mois prochain pour la suite du tour du monde de la littérature jeunesse de Noémie !

Mis à jour le 15 avril 2018