Destination 6 : Le Chili

Publié le 17 septembre 2018 Mis à jour le 17 septembre 2018

Hola! La rentrée arrive à grand pas, les vacances s’éloignent petit à petit. Pour ne pas déprimer, je vous emmène ce mois-ci du côté du Chili. Ce pays, je l’attendais un peu comme ma terre promise, l’un des moments les plus forts de mon périple. Mais jamais, je n’aurai pu imaginer ce que j’ai trouvé là-bas. Les raisons du coup de cœur dans la suite de l’article...

Qu’est-ce que j’ai appris sur le métier d’éditeur jeunesse et sur le monde du livre au Chili ?

Professionnellement parlant, j’ai découvert au Chili un pays prometteur avec un marché du livre jeunesse encore très jeune, les albums jeunesse s’étant développés surtout à partir des années 2000. Il y a une formidable dynamique actuelle. Plusieurs raisons à cela mais je dirai que les deux principales sont :

- une intervention forte de l’État chilien pour aider à la démocratisation du livre jeunesse avec, notamment, des contrats annuels d’achats de livres pour les distribuer dans les écoles de tout le pays. Le territoire chilien est très étendu et son activité est centralisée autour de sa capitale Santiago. L’interventionnisme étatique permet alors de palier une distribution du livre très compliquée, voire impossible du fait d’un réseau sporadique de librairies.

- l’influence de la production espagnole. Longtemps, la majorité des livres jeunesse, et surtout les albums, venaient d’Europe et surtout d’Espagne. Le marché du livre espagnol est un marché beaucoup plus mûr que le marché chilien. D’ailleurs, j’ai toujours trouvé la production de livres espagnols relativement innovantes d’un point de vue graphique. Si vous cherchez à lire un roman graphique, allez vers les livres espagnols et vous trouverez probablement votre bonheur. Moins graphiques et abstraites que le Portugal (qui était, je le rappelle, la deuxième escale de ce tour du monde), les illustrations espagnoles sont plus poétiques. Les illustrateurs et illustratrices chiliens ayant souvent pas mal vadrouillés, on trouve au Chili une grande variété de styles et de techniques. C’est rafraîchissant.


Chaque mois, je vous parle de l’engagement des éditeurs jeunesse indépendants pour proposer aux enfants des livres de qualité sur des thématiques contemporaines variées, parfois même un peu difficiles. Le Chili fait partie de ces pays où les éditeurs cherchent vraiment à faire passer un message dans leurs livres. Il peut s’agir de sujets culturellement très chiliens comme l’héritage des civilisations précolombiennes comme de sujets universels comme l’immigration ou le féminisme.



Et d’un point de vue personnel ?

Avant le début de ce voyage, je m’étais rendue dans divers endroits de Paris pour pouvoir prendre des photos renvoyant aux différents pays que j’allais visiter. Que cela avait été difficile pour le Chili. Mis à part quelques films souvent confidentiels, même pour moi qui m’intéressais à ce pays depuis quelques temps déjà, le défi était de taille. Je partais sans rien connaître de la culture chilienne. A posteriori, je crois que ce pays a été celui où mon immersion a été la plus complète. Des subtilités langagières aux plats locaux en passant par la cueca chilienne, la danse traditionnelle, j’ai testé pas mal de choses et j’ai découvert une culture populaire dont les Chiliens sont souvent très fiers.

Et que dire de Valparaiso... Cette ville s’offre comme un spectacle permanent. Même en hiver, les graffeurs recouvrent les murs de fresques impressionnantes, les acrobates attendent le feu rouge à chaque intersection pour vous jouer leurs tours, tout le monde se retrouve dans les bars le soir venu pour danser la cueca, la salsa ou le reggaeton dans une ambiance bon enfant. Un endroit magique qu’il a été dur pour moi de quitter.



Dernière petite anecdote ?

Je termine sur une découverte un peu plus personnelle. Avant d’arriver en Amérique du sud, je n’avais jamais travaillé en espagnol. Je dois vous avouer que, lors de mon premier jour de travail, je ne savais pas trop à quel point il serait facile ou non de travailler dans cette langue, en prenant en plus en compte les subtilités chiliennes (et elles sont très nombreuses). Mon stage chez Amanuta a probablement été le plus intensif de tous mes stages concernant la charge de travail, et du travail éditorial pur de surcroît. J’ai pu expérimenter ce que les scientifiques appellent la plasticité du cerveau. Petit à petit, je suis devenue une équilibriste des langues, jonglant quotidiennement entre le français, l’espagnol et l’anglais. Cela demande une bonne dose de concentration et je ne compte plus les fois où j’ai commencé à répondre en anglais à mes collègues qui ne comprenaient pas un mot de ce que je disais.

Mis à jour le 17 septembre 2018