Un papa, une maman, un garçon, une fille ; une famille "normale" quoi...

Publié le 15 mars 2019 Mis à jour le 15 mars 2019

Il y a quelques mois, l’un de mes bons amis m'a envoyé un message pour me faire part d'une « grande décision ». Il voulait fonder une famille, faire des gosses et ça, avec une femme ; bref, une famille normale.

UN PAPA, UNE MAMAN, UN GARCON, UNE FILLE ; UNE FAMILLE « NORMALE » QUOI ...

Marguerite Delahaye

Il y a quelques mois, l’un de mes bons amis m'a envoyé un message pour me faire part d'une « grande décision ». Il voulait fonder une famille, faire des gosses et ça, avec une femme ; bref, une famille normale. Alors à tous les homosexuels qui, dans un moment de faiblesse, ont pu croire qu'ils n'étaient pas normaux :
La « normalité ». Ce mot me fait rire. Et je pense que plus d'un philosophe s'est arraché les cheveux avec lui ! En fait, pour nous, ce qui est normal, c'est ce qu'on a l'habitude de voir, non ? Il n’y a pas si longtemps, les femmes étaient soumises aux hommes dans les faits et dans les lois ; et cela nous paraissait normal. Il n'y a pas si longtemps, on tuait la différence ; et cela nous paraissait normal. Alors oui, aujourd'hui, vivre avec une femme quand on est un homme, c’est plus facile car c’est la norme. Mais peut-être que dans cent ans, les « normes » de la « normalité » auront changé ?
Dans tous les cas, aujourd'hui, vivre et être homosexuel, ce n’est toujours pas facile, dans la vie comme dans la tête... Oui, savoir que dans certains pays, on pourrait encore être condamné à mort pour ça ne nous aide pas à nous sentir « normaux ». Alors il faut s’accrocher. Mais une chose est sûre : il ne faut pas se renier, ça non ! Vous vous voyez vous, faire croire toute votre vie à vos proches que vous êtes quelqu'un d'autre ? Sauf si vous arrivez à vous convaincre vous même que vous adorez les vagins et que jamais la pensée d'un pénis ne vous a traversé l'esprit... Si c’est le cas, chapeau l’artiste ! Car vous seriez très bon acteur, votre vie serait votre meilleur film et mériterait tous les Oscars ; hormis celui du meilleur mari et du meilleur papa.
Moi, ce qui me choque, c'est que l’on continue à se rebeller contre ce genre de choses : une histoire d'amour et de liberté qui ne regarde personne à part, évidemment, « les enfants, qui en sont déséquilibrés ». Mais qu’y a t-il de déséquilibrant à être le fruit d’un amour vrai et sincère ? La seule cause d’un possible déséquilibre chez ses enfants, c’est la société. Cette société qui inflige continuellement aux homosexuels une image négative, une humiliation par le langage, les propos et les regards... Cet argument de l’équilibre n’est, de toute façon, que de l’hypocrisie. La preuve : les enfants qui souffrent des guerres, des famines, et de toutes les horreurs humaines encore présentes dans le monde aujourd’hui ; ces enfants qui, eux, sont véritablement en danger, qui ont réellement besoin d’aide, n’ont pourtant pas le droit à une seule manifestation.
Alors quand mon ami m'a déclaré qu’il voulait se marier avec une femme, en dépit de son homosexualité, ça m’a révoltée. Je ne pensais pas qu’aujourd'hui encore, on pouvait être amené à avoir ce genre d'idées. Mais rien d’étonnant lorsqu’on voit que « PD », « tapette » et autres surnoms merdiques sont encore considérés comme des insultes et largement utilisées. Ça, je ne trouve pas ça « normal ». Comme quoi, cette notion de « normalité » est complètement plastique. Mais c’est finalement ce qui est bien avec ce mot « normal » : il n’a pas de définition ancrée. C’est une notion élastique, elle est en nous, et elle se modifie, elle évolue.
Mon ami, j'ai réussi à le faire changer d'avis et je pense que c'est en aidant les autres à comprendre que la norme évolue, que la pensée d’aujourd’hui ne sera pas la même que
celle de demain, qu'on peut changer le monde. Tout ce qu'il faut, ou du moins, ce qu’il faut essayer de faire, c'est de ne pas s'écraser devant la masse. Tout ce qu'il faut, c’est continuer à se battre pour ses idées et pour ses valeurs. Tout ce qu'il faut, c'est avoir le courage d'être en accord avec soi-même. Bref, ne vivez pas la queue basse – ni les tétons rentrés, car ce message est aussi pour les femmes, les hommes, les transgenres, et tous ceux qui ne veulent être placés dans aucune catégorie.

Mis à jour le 15 mars 2019